Kazakhstan, la chaleur d’un peuple des steppes

Nous entrons au Kazakhstan au poste frontière de Veseloyarsk, après un contrôle plutôt furtif. Dès la sortie, on trouve une route pleine de cavités et des paysages plutôt fades jusqu’à notre première ville étape, Semeï. On se gare près du grand théâtre au centre ville, afin de faire les premières actions nécessaires à tout démarrage dans un nouveau pays, pépettes et carte Sim. On décide d’assurer Orbis, craignant la police qui ont une réputation de flics ripoux (cf. Nos Baroutil’s).

En sortant de l’assureur Nomad, un camion de pompiers est stationné. Mon frère étant un grand passionné de la sécurité civile et surtout des pompiers, dès que nous en avons l’occasion, on lui prend des photos de ces véhicules destinés à secourir.

On fait donc comme d’habitude et on photographie ce camion rouge sous toutes ses coutures. Les pompiers en service, de retour au camion, étonnés par notre démarche, décident de nous conduire à leur caserne.

Et nous voilà, à peine 4 h après notre entrée au Kazakhstan, en route vers la caserne du 6ème district. Celle-ci est à deux pas du lieu de rencontre mais nous avons bien rigolé. À notre arrivée, le major de la Caserne, Erjan Sarkıtbaev nous fait visiter leur petit musée et l’intérieur de la caserne. Il demande à ce que l’on se gare en face de la caserne pour une nuit en sécurité et on fait même le plein d’eau d’Orbis! Échanges loquaces avec l’aide de Google translate pendant près de trois heures puis photos de groupe avec les pompiers qui visitent spontanément Orbis. Les enfants des ancêtres du nomadisme s’interrogent sur notre choix de vie et notre possibilité à voyager aussi longtemps sans travailler! Cela nous rappelle la chance que nous avons d’avoir un passeport français, un passeport qui permet de nous évader et de réaliser notre rêve! Et ce d’autant que depuis 2017, les français n’ont plus besoin de visa pour le Kazakhstan, et deux autres pays d’Asie Centrale, Kirghizstan et Ouzbékistan (2018).

Semeï dont le nom était Semipalatinsk jusqu’en 1994 est tristement célèbre pour avoir été le centre pour les essais nucléaires de l’armée soviétique. Ce sont 468 explosions nucléaires entre 1949 et 1989 qui ont eu lieu dans une zone d’expérimentation à 150 km à l’ouest de cette ville dont 125 à l’aire libre! Les radiations de ces essais continuent de provoquer des troubles sur la santé à plus d’un kazakh sur 10 (cancers, malformations à la naissance…). On visite le musée de l’anatomie grâce à des étudiants qui nous conduisent au bon endroit en passant, sans le vouloir, par les arrières de l’Université. On vous passe les détails des difformités présentées sur les embryons…

On poursuit nos visites par le musée des beaux arts « The Nevzorov Family Museum of Visual Arts ». On bénéficie d’une visite guidée très intéressante.

On termine cette belle journée sur l’île Polkovnitchy pour voir le mémorial nommé « plus fort que la mort » inauguré en 2001 en hommage aux victimes des essais nucléaires.

Le parc sur l’île étant très agréable, on décide de quitter le centre ville pour bivouaquer plus au calme ; nouvelle rencontre avec un kazakh spécialiste en histoire politique, tristement gaie, avec qui on partage nos premiers Chachlyk arrosés de vodka! (Un peu de vodka avec Mireille?)

On quitte Semeï avec le souvenir de ces bons moments d’échanges humains. On s’arrête en direction d’Astana, à Kourtchatov, ville en l’honneur d’Igor Vassilievitch Kourtchatov, directeur de projet de la bombe atomique soviétique. La somme totale des charges atomiques de ces essais dépassent 2500 fois celle de la bombe d’Hiroshima. Les paysages et cette ville sont désolants.

On poursuit mais on doit s’arrêter en route pour dormir, la nuit tombant, nous ne prenons pas le risque de conduire ; nos compères conducteurs faisant preuves d’excès de zèle 🙂

On arrive à Astana un vendredi soir, où j’avais repéré grâce à un article ouest France posté sur le net, un café à chats, le Miki Piki Cat’s Café. Ce café est situé non loin du quartier de l’exposition universelle qui a eu lieu en 2017, et notamment près de Nur Alem, le plus grand bâtiment sphérique du monde dont le musée est consacré aux énergies du futur.

On se gare devant le café où nous allons passer de superbes moments avec les chats. On rencontre la gérante Akmaral qui nous invite à déguster un Plov, plat typique d’Asie Centrale chez elle le dimanche. On finit la soirée par un tour au centre commercial Silk Way ultra moderne et chaud! Le fond de l’air est frais dans cette ville localisée au cœur de la steppe, une des capitales les plus froides du monde!

Le samedi on visite cette ville sous la pluie. Elle offre des constructions gigantesques et avant-gardistes, telles que la tente Khan Shatyr ou la tour Bayterek. Mais cette ville étendue est froide et on termine ce samedi soir en s’offrant une bouteille de vin, petit plaisir que l’on ne connaîtra plus pendant longtemps 🙂

Le dimanche, on se rend chez Akmaral pour déguster un Plov fait maison par son compagnon. À nouveau un beau moment d’échanges et surtout une démonstration d’une générosité spontanée que l’on ne connaît plus en Europe. On finalise la visite d’Astana sous un beau soleil de fin de journée et on décide de la suite du parcours en terre kazakh soutenus par les conseils de nos hôtes.

On prend la route en direction du sud ouest, et on s’arrête à Karaganda où l’on visite l’écomusée écologique qui reprend les effets dévastateurs de la politique soviétique entre autres les essais nucléaires et l’assèchement de la mer d’Aral lié aux besoins d’une production intensive de coton.

On poursuit notre découverte, par la visite du Karlag à Dolinka, centre de commandement d’un des plus grands camps de travail du Goulag, à l’époque de l’URSS, aujourd’hui devenu le musée, très bien documenté, des victimes de la répression politique.

On rejoint en deux jours Kyzylorda. 900 km de routes et de pistes plus ou moins bonnes en plein cœur de la steppe et du désert kazakh.

Ce pays est grand, donc on décide de changer nos plans et de rejoindre l’est et Almaty plutôt que de se rendre en direction de la mer d’Aral. Celle-ci et notamment la partie photogénique du cimetière des bateaux est visible depuis l’Ouzbékistan.

Jusqu’à Kyzylorda, on traverse des kilomètres de no man’s land aux paysages tristes et aux friches industrielles.

Arrivés à Kyzylorda, on retrouve une route flambant neuve (financée sûrement par les chinois), qui nous mène vite à Turkestan où nous voyons le mausolée de Yasawi, premier grand sage musulman turc, faisant de cette ville un important lieu de pèlerinage en Asie Centrale. Premier moment magique avec une lumière mémorable sur le double dôme, décoré de tuiles vertes et dorées, de ce mausolée inachevé commandé par Tamerlan en 1389. Un vent de route de la soie souffle à nos oreilles.

En direction d’Almaty, on fait une pause pour Orbis à Chimkent, où l’on fait sa vidange en lui changeant les filtres à air et à huile trouvés en Russie ; le tout pour 8€ dans un garage vraiment très professionnel. (280918_Film mécano Vidange Chimkent)

On passe la soirée à Chimkent mais la ville n’est pas très attrayante offrant juste une belle vue depuis le monument de l’indépendance.

Alors on continue la route et on rejoint la réserve d’Aksou Jabagly où l’on fait la rencontre de Eric et Martje du Pays Bas et Pawel de Pologne. Superbe bivouac en pleine réserve et découverte du canyon de l’Aksou, plus grand canyon du Kazakhstan de 15 km de long et 500 m de profondeur dont les montagnes sont frontières avec l’Ouzbékistan.

En reprenant la route pour arriver à Almaty, nos craintes du flic ripoux se sont avérées. Ce n’est jamais un moment agréable des aventures sur la route, mais il faut juste garder son calme et rester sur ses positions en ne donnant pas l’argent demandé. En l’occurrence ils demandaient 500 dollars. On a donné 13€ pour un soit disant excès de vitesse qu’ils nous étaient difficiles de contester.

En arrivant à Almaty, on trouve un premier stationnement pas terrible. Donc après un premier bivouac merdique, on rejoint la colline de Kok Tobe. Ce stationnement agréable, on visite la ville en bus (99 et 29). Balade dans le parc de Kok Tobe, vue sublime au petit matin sur Almaty au pied des montagnes, et réjouissance dans le marché vert Zelyony ou Kok Bazaar où on se lâchera littéralement sur les légumes en saumure! Nous flânons de longues heures dans cette ville que l’on trouve agréable.

Avant de rejoindre le Canyon de Charyn, canyon de 80 km à 200 km à l’est d’Almaty, on part découvrir le Big Almaty Lake où les eaux turquoises sur fond de montagnes enneigées offrent un spectacle juste sublime!

Arrivés en fin de journée au Canyon, on profite d’un beau coucher de soleil. Le lendemain, on observe le lever du soleil sur le canyon et on part l’explorer quasi seuls. Avant de quitter cet endroit sublime, on rencontre deux baroudeurs, un couple franco russe Maxime et Oksana. Encore un chouette moment et on espère que nous les croiseront à nouveau. (041018_Film Charyn Canyon)

Enfin nous terminons la découverte de ce pays par une randonnée mémorable aux lacs Kolsay et on poursuit la route vers la ville frontière de Kegen, pour rejoindre le Kirghizstan.

La route est belle jusqu’à Kegen. Les kazakhs nous offrent des sourires magnifiques, et un bien bel accueil. Après ces quelques milliers de kilomètres dans ce premier pays de notre périple en Asie Centrale, on sait que nous allons adorer poursuivre la découverte de cette partie du monde.

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