Ouzbékistan, du bleu de Samarcande à la désolante disparition de la mer d’Aral

S’il y a deux disciplines pour lesquelles nous pouvons reconnaître aujourd’hui la portée, ce sont aménagement du territoire et protection du patrimoine culturel. Les lectures et les récits contés sur cette mythique route de la Soie ont forcément régi notre imaginaire. Nos attentes concernant les villes de Samarcande, Boukhara et Khiva étaient sans nul doute élevées.

L’Ouzbékistan nous a apparu en complète reconstruction. Du nord au sud et d’est en ouest, nous avons constaté pléthore de travaux ; des immeubles, maisons, boutiques, des villes nouvelles qui sortent de terre et ce à l’identique sur tout le territoire. Comme si en Ouzbékistan, où que tu sois, tout doit paraître semblable ; mêmes couleurs de crépis, de portails, de toitures ; des kilomètres de lotissement, certainement fonctionnel mais sans aucun charme. Et si l’habitat et l’aménagement des cités sont en plein chantier de rénovation et/ou construction, les routes ne sont quant à elles pas en bon état. Chris va donc passer ses nerfs sur des petits et gros trous 🙂 Il nous faut en moyenne 3h à 4h pour un petit 100 km et ce surtout dans la partie reculée de la région du Karakalpakstan!

En comparaison avec notre premier séjour dans la vallée de Ferghana et à Tachkent, nous percevons un accueil moins chaleureux dans ces villes où tout est fait pour le touriste. Est-ce la lassitude de la population devant ces investissements fantasques pour les touristes et non pour l’amélioration de leur vie quotidienne? Nous ne pouvons que les comprendre tant nous avons été désagréablement surpris des aménagements et de la quantité d’échoppes à souvenirs à la fois à l’intérieur des sites et aux entours de ceux ci. On peut presque comparer l’aménagement de ces mythiques cités à ceux des parcs à thème où il faut consommer tout en s’acquittant d’un droit d’entrée aujourd’hui 4 à 13 fois supérieur à celui des locaux. Ceci est regrettable, non pas pour le prix d’entrée qui reste fort abordable pour un touriste occidental, mais pour les intérieurs des sites qui jouissent de quasi aucunes explications historiques de ces cités majeures de la route de la Soie et abondent à regret de milliers de foulards, tapis, céramiques conduisant forcément à l’overdose.

Devant ce constat amer, n’abusons pas! Nous avons tout de même ressenti une belle émotion en arrivant sur la place du Registan de Samarcande au potron-minet d’un dimanche de mai. Presque seuls au monde pour découvrir cette majestueuse place, l’accès au site n’ouvrant qu’à 8h, nous décidons de déambuler tranquillement dans la cité et de jouer de notre imagination l’époque des caravanes et des échanges. On débute nos visites par la mosquée Bibi Khanoum qui reste certainement un de nos plus beaux moments à Samarcande. Selon l’anecdote lut dans le Lonely Planet, Tamerlan aurait exigé le port du voile aux femmes lorsqu’il apprit que son épouse chinoise Bibi Khanoum avait accepté de donner un baiser à l’architecte de la mosquée, épris par sa beauté. On ne doute pas du sort final pour l’architecte!

Les madrasas que composent la place du Registan sont les plus anciennes madrasas conservées au monde. Nous sommes admiratifs des majoliques et mosaïques bleu azur d’autant que nous jouissons d’une belle lumière. Lors de notre visite des madrasas du Registan, nous avons été énormément sollicités par des étudiants afin qu’ils pratiquent la langue de Shakespeare ! Un peu lasse en fin de journée des « where do you come from », nous terminons nos découvertes de Samarcande par les sites des mausolées de Gour e Amir doté d’une coupole cannelée bleu azur magnifique et les mausolées de Chah I Zinda aux riches décors en céramique des intérieurs.

 

Nous quittons Samarcande en prenant la direction de la ville natale de Tamerlan, Chakhrisabz. Après une belle route dans les montagnes, nous découvrons sous un magnifique coucher de soleil les vestiges du palais d’été de Tamerlan, Ak Saraï et son gigantesque Pichtak de 38m de haut couvert de mosaïques non restaurées de 1380. Nous rencontrons la police touristique pour une explication de l’enregistrement obligatoire pour les touristes qui ne séjournent pas à l’hôtel et on aura le droit à un bel accueil et un soutien sans faille d’un des policiers pour obtenir notre enregistrement auprès d’un des hôtels de la ville à un prix décent 🙂 La règle n’est toujours pas claire mais il semble que l’absence de clarification soit la règle ici! (cf. nos Baroutils pour comprendre le schmilblick).

300 km plus loin, sous une forte chaleur et une route aux paysages désolants de friches industrielles et de cours d’eau asséchés, on rejoint en fin de journée la ville de Boukhara, cité la plus sainte d’Asie Centrale et capitale de l’Etat Samanide au IX – Xème s. À l’aide de l’application Ioverlander, nous allons nous stationner avec Orbis, au pied de la forteresse avec vue sur le minaret Kalon 🙂 Nous flânons deux jours dans les rues à savourer l’atmosphère autour de la place Liab i Haouz et de ses madrasas tout en cherchant un guide sur l’Iran dans une des librairies de la ville. De cette recherche infructueuse, nous allons découvrir ce que signifie l’absence de pluralité et par voie de conséquence le triste dénuement des rayonnages de ces librairies. De Boukhara, nous retenons la finesse des sculptures sur le minaret Kalon. Kalon signifiant grand, ce minaret datant de 1127 est haut de 47m et repose sur 10m de fondation autour de roseaux permettant de le protéger notamment des secousses sismiques fréquentes dans cette région du monde!

On rejoint Khiva en longeant le désert du Kyzylkoum. La route est vraiment rude mais à quelques kilomètres d’une route neuve, nous rencontrons deux couples de baroudeurs qui s’en vont vers l’est alors que nous regagnons l’ouest! Et nous allons vivre un grand moment de fous rires que l’on regrettera de ne pouvoir prolonger. On souhaite bonne route aux « Danettes on tour » et à deux baroudeurs aguerris Paulette et Roland 🙂

Khiva est une cité fortifiée, au lourd passé de place centrale pour le marché aux esclaves, et ce durant 3 siècles. En visitant la cité où il est possible de rentrer gratuitement par la porte nord à deux pas de la porte ouest, nous tombons en plein milieu d’un tournage! On se régale de ce moment hors du temps autour des acteurs et ce dans un cadre plutôt sympathique! Nous rencontrons un autre couple de voyageurs aguerris, Marie et André, avec qui on passera un agréable moment à partager nos « tuyaux ». De ces villes, nous garderons le souvenir ébloui de ce bleu azur des céramiques recouvrant les dômes des mosquées, les murs des madrasas, anciens caravansérails et des minarets.

On continue la route vers l’ouest en rejoignant Nukus, capitale de la république autonome du Karakalpakstan. Les Karakalpaks sont un ancien peuple de nomades et de pêcheurs et parle le karakalpak, langue officielle appartenant au groupe linguistique turc. La destruction de la mer d’Aral a indéniablement appauvri ce peuple. Cette région est aujourd’hui la plus pauvre de l’Ouzbékistan.

Mais voilà que le réputé point noir ouzbèke se pointe! Il nous faut faire le plein de diesel. Nous avions échappé aux difficultés de faire le plein de gazole en Ouzbékistan par notre parcours via le Tadjikistan. Heureusement il n’y a pas de pénurie et par chance nous trouvons une station au milieu de nulle part avec une pompe à essence « Mad Max » relativement en bon état! En Ouzbékistan, le parc véhicule est majoritairement GPL.

À Nukus nous visitons le musée d’art Savitsky afin de découvrir le génie de cet artiste Igor Savitsky pour avoir préserver des mains destructrices staliniennes des œuvres d’artistes russes du début du XXème et jugées non conformes au réalisme socialiste. Avant le Turkménistan, nous décidons de nous aventurer jusqu’à Moynaq, 200 km au nord de Nukus. Moynaq est tristement célèbre pour être un des anciens grands ports de la mer d’Aral et ce jusqu’à fin des années 70. Aujourd’hui la mer est à plus de 200km au nord de cette cité qui semble renaître de ses cendres de part les constructions constatées ; du pétrole aurait été trouvé…!

À notre arrivée à Moynaq, nous sentons les embruns puis nous découvrons l’attristante mise en scène du cimetière à bateaux. Et nous gravons dans nos mémoires la conséquence de l’absurdité de l’homme pour produire dans des régions arides du coton alors que cette production requiert beaucoup d’eau. Nous ramasserons étrangement des coquillages et du sable avant de mettre les voiles!

Proche de la frontière turkmène, c’est à Nukus que nous terminons notre circuit ouzbek en nous préparant au transit du Turkménistan, dernier pays d’Asie Centrale, avant de rejoindre l’Iran situé à moins de 700 km de là.

{"autoplay":"true","autoplay_speed":3000,"speed":300,"arrows":"true","dots":"true"}

 

2 Replies to “Ouzbékistan, du bleu de Samarcande à la désolante disparition de la mer d’Aral”

  1. Coucou Véronique
    Quelle belle expérience
    Bisous
    Bonne continuation

    1. Merci beaucoup et ton pays est tout simplement loin des clichés que malheureusement l’occident lui porte! Nous sommes conquis par les iraniens et leur accueil époustouflant! Et le pique nique ici est une véritable institution! Incroyable et beau à voir ces réunions de famille et amis au cœur des parcs. Espère que vous allez bien. Bises depuis Abyaneh. Au plaisir de se revoir. Vero

Laisser un commentaire