Turkménistan, un transit extrême

S’il y a bien un pays que nous redoutions de traverser c’est le Turkménistan. Sur novastan.org, nous apprenons que ce pays est désormais en tête des pays les plus fermés au monde ; pour une image plus claire : c’est la Corée du Nord de l’Asie Centrale! Depuis 2006, son président est Gurbanguly Berdimuhamedow au surnom officiel d’Arkadag. Son prédécesseur décédé, pour qui il était vice premier ministre, est Niazov, qui se faisait appeler modestement Turkmenbachi, chef des turkmènes. Le ton est donné! L’un et l’autre sont de parfais mégalomanes, qui entre des interdictions aussi farfelue que celle de ne plus écouter de la musique dans sa voiture sous Niazov, prennent le temps à leurs heures perdues « d’écrire » des livres dont la lecture est imposée aux turkmènes. Sur le marché russe d’Achgabat, nous avons été sollicités pour nous offrir le livre sur l’histoire du thé par Arkadag pris en photo sur toutes les coutures en dégustant ce doux breuvage. Nous avons hésité mais il n’était traduit qu’en anglais…too bad!

Devant ces constats, un transit de cinq jours nous a semblé largement suffisant, même si notre rencontre avec la population nous incite à penser le contraire. Passer la douane est une expérience que toute personne atteinte de phobie administrative doit s’abstenir! Après plus de deux heures de paperasses, des registres à gogo et des fonctionnaires aussi poussiéreux que ces derniers, nous nous retenons de nous esclaffer tant les conditions d’enregistrement sont ubuesques (cf. nos Baroutils). Toutefois heureux d’un passage sans encombres, nous installons le tracker remis et filons vers la première ville Koneurgench. L’itinéraire de notre transit est enregistré par la personne qui valide le visa. Nous savons qu’il ne faut pas dévier de cet itinéraire. Et honnêtement, l’atmosphère pesante qui se ressent plus nous approchons Achgabat, la capitale, ne nous incite guère à jouer les idiots!

C’est à Koneurgench que nous allons vivre des moments sublimes avec la population. Elle nous accueille chaleureusement et cherche à communiquer avec nous, à nous toucher les bras, les mains. Ce sont des moments forts. Nous sommes à la fois émus et gênés. Un homme malin nous aide pour changer quelques dollars en manat sur le marché noir. Nos manats en poche, on se régale des étals du bazar et nous recevons en cadeaux fruits et légumes et une tasse que Chris lorgnait! Nous avons besoin d’eau. Le spot Ioverlander est caduque alors on fait appel à la population. L’eau de rue est non potable. Deux jeunes filles appellent un livreur en eau potable et quelques minutes plus tard pour 1$ les 100L nous faisons le plein d’eau d’Orbis. Les filles m’offrent une broche. On fait les photos et on quitte la ville sonnés par autant de bienveillance. Ravitaillés pour la durée du transit, nous partons visiter le site historique de la ville classée au Patrimoine Mondial de l’Unesco, l’ensemble Tourabeg Khanym avec notamment un mausolée dont les motifs géométriques de la coupole représente un calendrier géant symbolisant l’insignifiance de l’humanité dans une marche du temps!

Les quelques touristes turkmènes nous demandent des selfies. Nous prenons le temps d’échanger quelques mots et surtout des sourires inoubliables.

Nous prenons la route. Quelques 600 kms nous séparent de la frontière avec l’Iran. Nous avons 5 jours de transit. La durée semble largement suffisante pour le nombre de kilomètres à parcourir mais c’est sans connaître l’état catastrophique de la route que nous allons découvrir et ce jusqu’à environ une centaine de kilomètres avant la capitale.

Nous traversons le Turkménistan en ligne droite de frontière à frontière par le désert du Karakoum, le plus chaud d’Asie Centrale.

En chemin pour bivouaquer notre deuxième nuit aux portes de l’enfer à Darvaza, nous rencontrons un couple de roumains, Laura et Dragosh que vous pouvez suivre sur la page facebook Vantasticworld. Ils rejoignent l’Ouzbékistan et comme nous ils sont fatigués de l’état de la route! On échange nos cartes sim et nos aventures. Ils nous alertent sur le fait qu’en Iran seul les espèces sont acceptés et qu’il nous faut donc des dollars en poche! Le ciel nous les a mis sur la route car nous partions les mains dans les poches en Iran 🙂 Quand on vous dit que nous n’avons plus de soucis ;o)!

On passe un bon moment et on poursuit jusqu’à notre deuxième nuit au cratère de gaz de Darvaza. Ce cratère artificiel est la résultante de la prospection gazière soviétique des années 50. Suite à un effondrement de l’installation, les soviétiques ont mis le feu pensant qu’il s’éteindrait un jour. Hors il est toujours actif aujourd’hui, créant désormais une des attractions touristiques majeurs du Turkménistan! Ils nous restent deux nuits avant de passer en Iran. Nous rejoignons la capitale et aux abords nous allons désormais rouler sur de belles routes. Chris pense que l’état déplorable des routes est une stratégie pour enfermer d’autant plus les populations. À notre arrivée dans cette fantasque capitale Achgabat, sa théorie ne semble pas si idiote! Nous allons être stupéfaits après avoir autant galérés sur la route de notre découverte. Achgabat est une ville intégralement en marbre blanc, des avenues larges, étendues, sans vie. Un parc véhicule blanc et gris clair semble la norme! Heureusement nous croisons quelques taxis jaunes pour égayer cette vision immaculée que nous offre Achgabat, la ville des interdits. Nous écopons d’avertissements à l’approche des bâtiments officiels. Les photos y sont strictement prohibées. Les caméras sont de partout, on se sent surveillés. Nous visitons Achgabat sans vraiment d’entrain. Nous sommes les seuls touristes et la ville semble désertée. Nous découvrons le mémorial dédié au tremblement de terre de 1948 rasant la ville en tuant un tiers de la population. Nous découvrons les monuments et les statues des mégalomanes et nous finirons notre transit dans ce pays, où finalement tu ne penses qu’à fuir, en allant boire nos derniers manat dans un pub à l’ambiance « culs serrés ». La population nous sourit discrètement, nous parle peu et lorsque l’on nous demande si nous aimons le Turkménistan, nous nous attristons pour eux et leurs conditions de vie.

Notre séjour en Asie Centrale se termine sur ce constat amer qu’être libre est une chance alors qu’il devrait être un droit! La sortie du pays se déroule sans accrocs. Nous tournons le dos au Turkménistan pour découvrir l’Iran. C’est la vague à l’âme que nous quittons cette région du monde dont nous ne connaissions rien et qui pourtant nous a révélé tant de richesses autant humaines qu’historiques. Une certitude, nous n’avons pas fini de l’explorer et nous reviendrons trainer nos guêtres en Asie Centrale.

 

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2 Replies to “Turkménistan, un transit extrême”

  1. merci c’est super de pouvoir suivre votre périple bonne continuation nous pensons bien à vous Andrée et la famille tardy bisous

    1. Mercixxx beaucoup de nous suivre. Gros bisouxxx depuis l’Iran

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