Iran, de Bajgiran à Birjand

Avant d’arriver en Iran, nous avions pris les précautions suivantes : cacher le drone et surtout l’alcool! Le drone était déjà bien camouflé avec les pièces décortiquées dans différentes cachettes d’Orbis depuis notre entrée en Ouzbékistan et pour l’alcool, Chris qui n’avait point réussi à terminer un cognac au chocolat turkmène, j’avais glissé la bouteille dans le compartiment du congélateur de notre frigo.

La nuit passe et j’oublie! On passe la douane turkmène aisément malgré la lourdeur administrative et on entre sur le territoire iranien. J’avais bien entendu anticipé le port du hijab tout en étant pas très à l’aise avec le port du foulard. Le chef de la douane va scruter le camion et surtout s’intriguer de notre antenne sur le toit d’Orbis pour une télévision que nous n’allumons jamais! Une fois rassuré que nous sommes de simples touristes, la question « Avez vous de l’alcool? » est la question phare. Nous répondons avec honnêteté « non ». On entre en Iran en moins d’une heure de procédures.

Arrivés sur un joli spot pour grignoter un bout, en ouvrant le frigo, je trouve que ça sent beaucoup le chocolat. En tant que chocolat addict je m’en étonne puisque je sais que nous n’avons pas de chocolat à bord! ça je ne peux l’oublier 🙂 Et c’est alors que je découvre la petite bouteille oubliée au congélateur, renversée. On rit et souffle en même temps que les douaniers iraniens n’aient pas plus fouillé Orbis! Chris finit la bouteille, enfin ce qu’il en reste fissa et ce sera la fin du plaisir d’un petit alcool en fin d’une longue journée sur les routes pendant les six semaines du road trip iranien.

Un fou cycliste qui monte à la frontière s’arrête en voyant l’immatriculation de notre véhicule et on passera l’après-midi à nous raconter nos aventures avec Maël, d’Annecy. Le soir, on rejoint un bivouac Ioverlander et nous rencontrons Anne Isabella et Max, également en chemin pour le transit au Turkménistan. Ils nous offrent un thé et on conversera la soirée en échangeant anecdotes et bons plans. Et leurs récits nous motivent encore plus à découvrir ce pays que nous redoutions, il est vrai, de traverser.

La douane nous a demandé d’aller faire une plaque d’immatriculation iranienne au poste de police de Quchan, ville à 60 km au sud de la frontière. On s’exécute dès le lendemain. Toutefois le chef de la police refuse de remettre une plaque car il manque un tampon sur le formulaire de la douane. Entre temps on discute avec des voyageurs qui sont restés plus d’un mois en Iran et n’ayant pas eu à faire de plaque, on décide d’abandonner l’affaire (pas de problématique à notre sortie, dommage pour le souvenir!). A Quchan, on prend le temps de retirer des rials et c’est la découverte du casse tête rial/toman (cf. Nos Baroutil’s). Une fois les premières courses et le plein de gazole effectués, on part suivre les conseils de Anne Isabella et Max en prenant une route secondaire pour rejoindre la deuxième ville d’Iran, Macchad. Cette route qui longe la frontière turkmène est sublime et reste l’une de nos plus belles routes. On s’arrête près d’un parc à Dargaz et on découvre le plaisir des iraniens à pique-niquer en famille et amis.

On continue le lendemain la découverte de la région et on décide de rejoindre le village de Kalat pour découvrir un palais d’été. En arrivant, le site est fermé car c’est la « fête » commémorant la mort de l’Iman Ayatollah Khomeini! Le jeune couple d’iraniens qui nous informent parlant un peu anglais. Je décide de leur demander de l’aide pour recharger la carte Sim donnée par Dragosh et Laura, les Vantastic World rencontrés au Turkménistan. La police arrive sur les lieux, critique mon hijab auprès de Chris, ma chemise n’est pas assez longue! Nous sommes dans une région plutôt conservatrice. Nous finalisons la transaction avec le jeune couple et ces derniers nous proposent de les accompagner à une randonnée suivie d’un barbecue. Nous allons donc les suivre et ce sera le début d’une belle rencontre avec Feresh, Amir et leurs filles Selena et Sofia ainsi que leurs amis venant de Parsia sur le Golfe Persique Nargès et Safarali et leurs garçons Youssef et Benyamin.

La randonnée à la très belle cascade du Gharasoo est loin d’être une simple randonnée. On se retrouve à faire de l’escalade dans l’eau, glissant sur les rochers. On commence à douter de leurs intentions et on pense qu’ils veulent nous perdre en route! Mais on finalise par un magnifique barbecue, et c’est la découverte de ce qu’est un pique-nique iranien. On est loin du sandwich jambon beurre et des œufs durs que nous connaissons! Feresh prépare les brochettes de poulets préalablement marinées ainsi que le riz. C’est un véritable déménagement, réchaud, couverts, tapis, coussins pour s’allonger ; tout est à disposition dans le parc pour faire le barbecue ainsi que des points d’eau. Nous nous délecterons de ce moment avec eux. Ils nous apprennent que c’est la fin du ramadan, l’Eid ; les iraniens sont en congés pour quatre jours. C’est la fête! Du coup le soir, ils nous invitent à Macchad et on passera trois jours avec eux à participer aux festivités. Premier choc pour nous, les iraniens sont hospitaliers, gourmands et ils savent s’amuser!

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On partira en métro de chez Feresh et Amir pour visiter le complexe Imam Reza, lieu saint chiites. La visite est accompagnée par un guide spirituel. Je dois porter le tchador. C’est tellement inconfortable que je n’apprécierais pas cette visite d’autant que nous ne pouvons voir finalement ce qui est le plus intéressant du site, le mausolée de l’Imam Reza.

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A la sortie, ayant mis mon portable en mode avion, je découvre des messages de Feresh insistant pour qu’on les rejoignent au restaurant. On découvre ainsi le restaurant iranien en s’asseyant en tailleur sur de larges banquettes et on dégustera un bœuf succulent accompagné du riz safrané. On passera la suite de la journée à rouler à toute berzingue dans les rues de Macchad, musique à fond! On est un peu sonné mais on suit le mouvement jusqu’à aller dans les boutiques la nuit pour chercher une tenue de travail à Nargès qui démarre un nouveau travail dès le samedi. On découvre donc que les week-end en Iran débute du jeudi soir au samedi matin. Ils ont une énergie débordante et nous entrainent d’un lieu à l’autre. On est complètement déboussolés. On reste une dernière journée avec eux et on devra insister pour qu’ils nous laissent partir à la découverte de leur pays. La fête est belle, leur générosité détonante et la confiance envers l’étranger déstabilisante. On les quittera en prenant la route en direction du sud. Safarali, Nargès et les enfants nous y attendent désormais de pieds fermes!

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On rejoindra la ville de Birjand. On descend en regagnant peu à peu le désert de Lout, un grand désert salé dans le sud est de l’Iran considéré comme un des endroits les plus chauds du monde et un des plus arides. On comprend vite notre douleur et la mauvaise idée d’avoir choisie cette route en cette période du mois de juin.

On découvrira les villages fantômes du Khorassan, Afin et Khuf et les maisons à l’architecture en terre, paille et un enduit végétal sur lesquelles on peut déambuler sur les toits. On s’arrêtera au village de Forg pour découvrir son château du XIIème s. bien préservé. La population nous accueille chaleureusement. Où que l’on aille, ceux que l’on croise sont bienveillants en nous saluant de « Welcome in Iran ». Nous découvrons le T’aarof et cette forme de politesse iranienne, souvent déstabilisante devant autant de spontanéité à l’offrande envers l’étranger. Les sourires sont merveilleux et on finalisera une première semaine intense par un moment thé – narguilé au cœur de l’ancienne forteresse de Birjand où nous apprendrons que la route que nous souhaitions suivre pour rejoindre Kerman est fermée suite aux inondations de l’hivers!

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